Récits d'autrefois...
Vela i Vent vous propose des récits d'autrefois qui décrivent la vie de ces hommes à la fois pêcheurs et vignerons, le dur métier de la pêche à bord des barques catalanes, les drames et les joies qui émaillaient leur vie. Ces récits décrivent le temps qui passe et les changements de vie au sein des différents villages de la côte rocheuse catalane.
Bonne lecture....
- La pêche au bon vieux temps par Louis Baills
- Récit d'un naufrage raconté par Pierre Massot
LA PÊCHE AU BON VIEUX TEMPS par Louis Baills Jusqu’à la fin du 18 ème siècle, les résidents au territoire de Banyuls de la Marenda, étaient vignerons et éleveurs. En effet, ils n’avaient pas le droit de pêche, sur leurs propres côtes maritimes. Ce droit était réservé aux pêcheurs d’Empories, Rosas, Cadaquès et Collioure. Cette légitimité fut octroyée aux Banyulencs, après la révolution française. Dès lors, ils exercèrent la noble profession de pêcheur-vigneron , qui s’est perpétuée jusqu’à la seconde guerre mondiale.
En hiver, se réalisent les gros travaux à la vigne. En été, la pêche se pratiquait la nuit. Au printemps, celle-ci avait lieu le jour. A la pointe de l’aube, des groupes de pêcheurs se formaient autour des barques pour discuter des projets de la journée, selon les conditions atmosphériques, aux ordres du patron de la catalane : EL GRILL, en PINYATE, EL DROLLE, Antoni BLANC, en NURILL, PAROUTILL. Il y avait aussi la barque « LE LOUP DE MER », dirigé par Petit-Louis, petit de taille, mais professionnel de la pêche, s’éternisant sur la plage et toujours disposé à narrer aux néophytes les secrets de la mer. S’ajoutent à cette liste non exhaustive, EL MARO et le bouillant CLASTRES, aussi intrépides les uns que les autres, dont les surnoms rappellent, avec un peu de nostalgie, des visages familiers. D’autres, se donnaient rendez-vous dans le bistrot « AL BRIGOUT », notoirement connu, situé à l’emplacement du « GRAND LARGE » actuel. Ce débit de boissons était célèbre par le comportement oratoire de certains de ses clients, maîtres marins-vignerons émérites, très écoutés, prolifiques de propos ostentatoires et personnalités originales locales. Quand le temps était propice à la sortie en mer, tout l’espace de la plage s’animait dans le brouhaha des conversations à voix hautes, d’appels, et la circulation des chariots encombrés des filets de pêche.
Et, quel merveilleux spectacle que le départ vers la haute mer de cette nuée de barques catalanes, avec la typique voile triangulaire déployée, leur coques multicolores, portant des noms évocateurs : FLEUR DES EAUX, FLEUR DE MAI, LA PEROUSE, LE BEL ANGE, etc…Elles évoluaient dans la vaste baie, à la recherche du vent favorable, dans des ballets nautiques apparemment désordonnés, et pourtant, chacun gardant sa route bien tracée d’avance. Éblouissant tableau, toutes ces voiles tendues gonflées par le vent léger, les barques glissant sur la mer, s’éparpillant dans tous les sens, la réverbération du soleil levant provoquant dans leur sillage un scintillement d’éclats lumineux furtifs… Puis, elles s’éloignent vers le large, pour enfin, pointiller à l’horizon. Pour s’immobiliser sur les fonds poissonneux ou les lieux de passage des bans d’anchois ou de sardines, les pêcheurs avaient leurs marques. En mer, se dirigeant vers le large, ils devaient, apercevoir le clocher de l’ancienne église Saint-Jean Baptiste, la chapelle de la Salette en alignement de la côte, d’une colline ou d’une crête… Connaissant la nature des fonds marins, ils se savaient surplombant un fond sablonneux, rocheux, ou au-dessus d’une prairie sous-marine d’algues.
Ce sont tout l’enchantement et la poésie de la pêche artisanale qui ont disparu. Les relations entre pêcheurs se faisaient quelques fois surprenantes, le langage rude, le commandement dépourvu de protocole, étaient coutume courante et acceptée. Mais l’amitié se donnait franche, sans fausses manières. Par ailleurs, les pêcheurs se montraient excellents cuisiniers, habitués à prendre le repas de midi au grand air, soit en mer, soit à la vigne. Ils savaient préparer merveilleusement la bouillabaisse, la blanquette ou la « PIGNATE » d’anchois ou de sardines, accompagnées de pommes de terre, assaisonnées d’ail et de persil. Scènes pittoresques, de temps en temps l’équipage d’une barque dégustait ces odorantes préparations culinaires au pieds de la barque, au bord de la mer ou autour de la marmite mijotante. Ils accompagnaient les agapes par de larges rasades d’un vin sec rancio, produit par eux-mêmes. Ils faisaient couler ce jus de la vigne par l’étroit goulot d’une « BOURATGE » ou du « PORO » en verre, au col fin et le plus souvent à l’aide d’une « CARTEROLE », petit barillet en bois, d’un ou deux litres, percé d’un trou et dans lequel se trouvait coincé un goulet verseur, tailler dans un roseau. Ils levait ces ustensiles au-dessus de leur tête, laissant couler dans leur gosier un mince filet de ce délicieux nectar qui correspondait à autant de gouttes de sueur. Les plus bavards profitaient de ces moments d’allégresse pour raconter les plus savantes galéjades, les histoires les plus extraordinaires, les exploits les plus étonnants, sur la pêche ou la production de leur vigne soignées comme des jardins potagers. Et aussi, proférer des critiques caustiques, mais sans méchanceté, sur certaines personnes du pays, leur comportement, ou philosopher des affaires du village. Et, tous riaient de ce rire sonore et francs, des gens sans façons. A cette époque c’était un peu clochemerle dans la commune et, malheur à qui avait un travers, un défaut, un tic, une habitude ; il était aussitôt affublé d’un sobriquet adéquat ; survivance de l’époque de contrebande pour demeurer inconnu. Un fait étrange, le différent pour paiement d’une barque entre deux copropriétaires, qui amena les deux antagonistes, après de longues discussions, à prendre la décision de scier LA CATALANE en deux, afin que chacun eut sa part. Ce qui, bien sûr, ne fut pas mis à exécution, mais démontre clairement les forts caractères et les personnalités de ce temps. La disparition du dernier chalutier au lamparo, le Saint-Michel, commandé par le placide Yves JOSE a sonné le glas de la grande pêche à Banyuls-sur-Mer.
Ainsi, vécurent nos anciens, attachés au cycle végétatif de la vigne, aux périodes de la pêche, sans loisirs ni vacances. Ces images éveillent un vécu contemporain, et ces noms de personnages connus résonnent à l’esprit des plus âgés comme un écho d’un autre temps. |